Écrans et développement cognitif : étude Elfe, réglementation et regards du terrain

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La place des écrans chez le très jeune enfant fait l'objet de travaux de recherche, d'avis institutionnels et de débats parmi les familles et les professionnels de l'accueil. Cette page résume des résultats récents issus de la cohorte Elfe et le contexte réglementaire associé, ainsi que des réactions publiques dans la presse spécialisée.

Ce que montrent les données récentes (cohorte Elfe, Paris Cité / Inserm)

Une étude s'appuyant sur la cohorte Elfe (plus de 14 000 enfants suivis en France), menée notamment par l'Université Paris Cité et l'Inserm, a porté sur la période des 2 à 5 ans. Les auteurs relient le temps passé devant les écrans à des scores plus faibles dans plusieurs dimensions du langage et des fonctions cognitives.

Temps d'écran, langage et cognition

Les résultats suggèrent un lien net entre durée d'exposition aux écrans et performances plus faibles dans des domaines langagiers et cognitifs, sans que la causalité simple ne soit le seul message à retenir : les chercheurs insistent sur la manière dont les écrans sont utilisés et le contexte qui les entoure.

Point saillant : la question n'est pas seulement quantitative (combien de temps), mais aussi qualitative : présence ou non des adultes, co-regard, type de contenu, moments de la journée.

Écrans pendant les repas

La présence d'un écran pendant les repas apparaît comme un facteur particulièrement défavorable pour le langage : les enfants exposés à la télévision pendant le repas présentent des profils plus affectés que lorsque l'écran est utilisé à d'autres moments, en lien probable avec la réduction des échanges verbaux entre l'enfant et l'adulte à un moment habituellement riche en interaction.

À mettre en perspective : le repas est souvent un créneau majeur pour entendre du langage orienté vers l'enfant ; un écran qui monopolise l'attention peut en réduire l'intensité.

Rôle du contexte familial

Les auteurs soulignent aussi que l'environnement familial module l'ampleur observée des associations entre écrans et résultats.

Interactions langagières soutenues

Les enfants bénéficiant d'un entourage avec lecture, conversation et jeux variés semblent moins pénalisés lorsque l'exposition aux écrans reste modérée, ce qui ne dispense pas de limiter les usages inadaptés.

Peu d'échanges au quotidien

Lorsque les interactions sont plus rares au foyer, une exposition même modérée peut être associée à des écarts plus marqués, ce qui renforce l'intérêt du dialogue et du jeu hors écran.

Synthèse des facteurs cités dans l'étude

FacteurObservation rapportée
Durée globale devant les écransAssociation avec des performances cognitives et langagières plus faibles
Écrans pendant les repasEffet particulièrement défavorable sur le langage
Contexte familialModulation selon la richesse des interactions au quotidien

Pour les assistantes maternelles et les familles : ces travaux renforcent l'intérêt de limiter les écrans aux moments clés (repas en particulier) et de privilégier la parole adressée à l'enfant et les activités sans écran.

Sur le plan réglementaire, la France a durci le cadre pour les moins de 3 ans en accueil collectif ; cette évolution a été largement commentée dans la presse professionnelle, avec des avis divergents selon les acteurs.

Interdiction des écrans en structure : textes et réactions publiques

Depuis le 2 juillet 2025, un arrêté interdit l'usage d'écrans pour les enfants de moins de trois ans dans les structures d'accueil. Le dispositif a été accueilli favorablement par une partie des voix « santé publique », mais aussi critiqué au nom du manque de concertation et d'une lecture perçue comme dévalorisante du métier d'assistante maternelle, selon des articles de presse cités en sources.

Une décision vécue comme imposée « d'en haut »

Le S.P.A.M.A.F (Syndicat professionnel des assistants maternels et des assistants familiaux) a notamment réagi en estimant que la mesure occulte une pratique professionnelle déjà attentive aux excès d'écrans, et qu'elle peut laisser croire à une incompétence des professionnelles de terrain.

« Les assistants maternels ont déjà depuis bien longtemps instauré ce principe éducatif d'absence des écrans. Comment le Gouvernement peut-il ignorer le sérieux et la haute compétence des professionnels ? »

Henriette Amiel, secrétaire générale du S.P.A.M.A.F

Le syndicat dénonce un discours jugé éloigné du terrain et invite à observer, selon ses termes, le contenu des échanges entre professionnelles sur le quotidien d'accueil.

Autres fragilités du métier mises en avant

Pour une partie des porte-parole, l'attention portée aux écrans masquerait des difficultés structurelles plus anciennes (relations avec les PMI, retards de paiement, etc.).

« Pendant ce temps, les vrais sujets qui tuent le métier d'assistant maternel, comme les abus des PMI et les impayés, ont de beaux jours devant eux !!! »

S.P.A.M.A.F

Des avis plus favorables à un cadrage officiel

D'autres témoignages, cités dans la même période médiatique, estiment utile un rappel réglementaire ferme, en pointant parfois des usages hétérogènes selon les modes d'accueil.

« J'ai souvent vu et entendu mes collègues utiliser les écrans. Le syndicat devrait abonder dans le sens du zéro écran et rappeler les devoirs des professionnelles. »

Nadine Lentrein, assistante maternelle retraitée

« Le combat n'est pas dans les crèches, où les écrans sont absents, mais bien chez certaines assistantes maternelles… et surtout à l'école, où l'on place parfois les petits devant des contenus absurdes. »

Marie-Christine Faure, ancienne directrice de crèche municipale

Santé publique et message ministériel

Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, a indiqué dans un communiqué que les professionnels « sont les piliers d'une mobilisation générale » pour offrir un environnement sans écran favorable à l'éveil, au jeu libre et aux interactions directes.

Elle a aussi souligné sa confiance dans la capacité des professionnelles à soutenir les familles dans cette dynamique.

Rappels utiles à partir de la couverture médiatique

  • Interdiction des écrans pour les moins de 3 ans dans les structures d'accueil réglementées concernées.
  • Critiques syndicales sur la forme : manque de concertation, sentiment d'infantilisation, distance par rapport au terrain.
  • Témoignages divergents sur la réalité des usages et les lieux où le problème serait le plus visible.
  • Le débat nourrit aussi la demande de reconnaissance du métier et de conditions d'exercice stables.

Conclusion

Les travaux de cohorte convergent avec une vigilance institutionnelle croissante sur les très jeunes et les écrans. La transposition juridique pose en parallèle des questions de légitimité et de dialogue avec les professionnelles. L'enjeu reste d'articuler données scientifiques, obligations et pratiques d'accueil réelles, au service du développement de l'enfant.

Sources

  • Les Pros de la petite enfance (lesprosdelapetiteenfance.fr)
  • Université Paris Cité, Inserm (travaux sur la cohorte Elfe)
  • Robert Debré – AP-HP (communications scientifiques associées, selon reprises dans la presse)
  • Parents.fr, « Interdiction des écrans dans les lieux d'accueil : les assistantes maternelles montent au créneau », Candice Satara, 5 juillet 2025

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Légal

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